• Aude NERESTAN et Sarah LACHAUX

Sans banquise, pas de Biz' : Manifeste pour une transition écologique

Et si demain les entreprises avaient pour mission de préserver la Terre ? Et si l’habitabilité de notre planète faisait partie intégrante de leur raison d’être ? Et si cette vision n’était ni utopique et radicale mais au contraire pragmatique, réaliste et au service des intérêts économiques de l’entreprise ?


En 2019, l’écologie est devenue un horizon commun, un sujet de conversation et de préoccupation quotidienne. Confrontés à des pollutions de toutes sortes, nos besoins les plus primaires sont menacés. En prenant comme référence la pyramide de Maslow, chaque étage s’en voit d’une manière ou d’une autre impacté. Manger, boire et respirer ne sont plus des évidences : l’humanité est et se sent en danger.


Parce qu’il n’y a pas que les ours polaires et les baleines qui soient en danger…

Nos modèles de production et de consommation sont à l’origine de la « 6ème extinction massive » de la biodiversité, humanité comprise… Chaque semaine, nous avalons cinq grammes de plastique, soit l’équivalent d’une carte de crédit. L’image est forte et le réveil des consciences brutal. Preuve en est, au-delà de la modification des comportements, le passage à l’action peut aller jusqu’au boycott et à la déconsommation, comme le titrait déjà le journal Les Echos en 2018. Les générations X et Y sont les plus radicales sur le sujet. Que l’adolescente suédoise Greta Thunberg soit invitée, écoutée – et décriée par certains – à l’ONU au même titre que les plus grands dirigeants politiques est un signe de la puissance du phénomène. La création par deux sœurs de 10 et 12 ans de l’association Bye Bye Plastic Bag est une autre preuve que l’engagement ne connaît pas d’âge. De manifestations en grève des écoles jusqu’aux actions de désobéissance civile, c’est la société civile tout entière qui se bouge pour faire basculer le monde dans le « zéro déchet » et la neutralité carbone.


De la sensibilisation à la reconversion : bref, on est passé à l’action

S’appuyer sur la viralité des réseaux sociaux pour mener des actions ultra-médiatisées de protection environnementale et sensibiliser l’opinion se révèle une stratégie payante. C’est le cas par exemple du Trash tag challenge qui consiste à trouver un lieu rempli de déchets, le nettoyer et photographier l’avant-après. Plus près de nous, le Manifeste pour un réveil écologique signé par des dizaines de milliers d’étudiants des grandes écoles et universités françaises en est un autre exemple. Pour eux, plus question de travailler pour une entreprise perçue comme polluante, destructrice de valeur ou non éthique. De signal faible, cela signe-t-il une nouvelle norme à venir ? De plus en plus de salariés en quête de sens quittent leur entreprise pour se reconvertir. Et tant pis pour le CDI et la fiche de paie qui tombe chaque mois. Le modèle de carrière et de réussite traditionnel s’effrite au profit de la cohérence et de l’alignement entre vie personnelle et professionnelle. Les entreprises ne peuvent plus ignorer cette tendance. Car derrière, c’est l’enjeu crucial de la captation et de la fuite des talents qui se joue. Avis aux services RH !


Les « transféreurs », cette nouvelle race de bipède

Prendre conscience profondément de ces enjeux, ce n’est pas seulement faire soi-même son compost, c’est aussi adapter son comportement de manière générale et, notamment, expérimenter au bureau. Il suffit d’un instant pour que le basculement s’opère. Ce fut pour l’une de nous l’écoute d’un podcast traitant du trafic de déchets en Malaisie en sortant ses poubelles et, pour l’autre, une discussion sur la composition et l’impact écologique d’une marque de cosmétiques. Depuis, nous cherchons chaque jour à faire des choix de consommation plus responsables et à mobiliser notre écosystème non seulement dans notre vie personnelle, mais aussi professionnelle.

Loin d’être marginales, nous sommes des milliers d’employés à vivre ce « switch » et à mettre en œuvre des pratiques écologiques sur notre lieu de travail (alimentation bio et/ ou locale, recyclage, covoiturage, interdiction du plastique ...). Cette curieuse « race de bipède » porte un nom : les « transféreurs ». À leur échelle, ils font progresser les collaborateurs et décisionnaires sur leur prise de conscience environnementale.


Quand les affaires se mettent au vert : un tournant vital… et performant !

Si tout changer du jour au lendemain ne semble pas réaliste, il est possible et nécessaire d’adopter une démarche active et de questionner nos pratiques. Pour mieux faire basculer toute l’entreprise ? Oui ! Car, nous en sommes convaincues, il est efficient, raisonnable et performant pour l’entreprise d’être « green » (et pas « washing » !). C’est un positionnement sur le long terme. Et si l’entreprise ne prend pas l’initiative de cette transition, c’est son environnement qui la lui imposera (baisse de part de marché, normes règlementaires…).

En effet, c’est pour certains déjà une question de survie. Aux États-Unis, le géant de l’énergie PG&E a fait faillite suite aux incendies en Californie en 2018 (4). Pour d’autres, c’est une question de performance économique et d’investissement. « Dix ans après mon arrivée à la direction de la MAIF, je sais désormais que la recherche d’un impact positif de l’entreprise sur son environnement peut aussi nourrir sa performance », affirme ainsi Pascal Demurger, directeur général de la MAIF. Et le plus gros gestionnaire d’actifs au monde, Blackrock a demandé aux entreprises de s’engager davantage, sous peine de voir leur rendement décroître et leur soutien financier s’effriter…

Face à la transformation des usages et des pratiques d’achat et de consommation, les entreprises doivent adopter une stratégie rationnelle : écouter et s’adapter à l’évolution du marché et des besoins. La Camif a ainsi choisi de faire pivoter l’entreprise vers la vente en ligne de meubles écolos fabriqués en France. Un choix gagnant avec une croissance de près de 20% par an ! Autre symptôme de cette nouvelle fièvre entrepreneuriale : la filière de la good et de la cleantech explose.

À l’instar de la révolution numérique, la transformation écologique est aussi une opportunité pour se réinventer et innover. En prenant le tournant de l’économie circulaire, en réfléchissant à des modèles d’affaires plus responsables, les entreprises participent à la redéfinition des règles du jeu du marché.


Jusqu’à inscrire la garantie d’habitabilité de la Terre dans sa raison d’être ?

Cette bascule impose de dépasser la seule politique RSE parfois perçue comme une simple contrainte à l’impact limité, pour placer la protection environnementale au cœur du projet de l’entreprise. Mettre le bien commun au centre de sa raison d’être n’a rien de « hippie » : c’est un choix business profitable et nécessaire pour tous. Une profitabilité d’autant plus grande, si l’on résonne en termes de solvabilité environnementale, perspective plus juste et réaliste pour la partie prenante indissociable qu’est notre planète.

Faut-il aller jusqu’à inscrire la garantie de l’habitabilité de la Terre dans la mission de son entreprise ? Le « statut d’entreprise à mission » créé par la loi PACTE en mai dernier offre cette possibilité. Des groupes comme Bonduelle ont, eux, déjà fait le choix d’inscrire cette ambition au cœur de leur raison d’être et stratégie. Si ce tournant n’est pas simple à rendre parce qu’il remet en cause le modèle d’affaire dominant, c’est une formidable opportunité pour vous , entrepreneurs et cadres dirigeants ! Celle de créer un levier de transformation positive et de performance durable, participant à préserver notre monde. Rappelons-nous qu’il n’y a pas que l’écologie qui se veut « durable », c’est aussi le pari sans cesse renouvelé d’une entreprise.


Par Sarah LACHAUX et Aude NERESTAN


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